Lettre d'amour à Montréal

Montréal,

J’ai débarqué il y a un an, le 22 juin 2018 avec deux valises pleines à craquer et un sac à dos. Dans mes bagages et dans ma tête j'avais surtout beaucoup d’attentes et d’envies. Avant même que je pose les pieds chez toi tu avais pris mon cœur. J’avais fait des plans sur la comète, je connaissais tes rues, tes monuments, la silhouette de ton centre ville et tes promesses. Tu paraissais fougueuse et prometteuse, sereine et animée et j’allais succomber. 


     

Là-haut depuis mon hublot j’ai vu tes terres vertes et tes eaux bleues, le Saint-Laurent qui s’étendait depuis l’océan et jusqu’à toi. Montréal. En tournant le cou et en étirant la nuque j’ai vu tes buildings se dessiner et là d’un coup sous mes yeux, le Mont-Royal. Celui qui allait habiller mon paysage pendant les six prochains mois.

Alors au début j’ai eu un peu peur. Six mois c’est long et Montréal, c’est loin. 8 heures d’avion, 6 heures de décalage horaire et un océan entre moi et ma vie française. Finalement ça a été comme une évidence, c’était là, au creux de toi. Je devais être là, et sans le savoir j’allais trouver toutes les réponses à mes questions.

     
    

Montréal. Je me suis laissé porter. D'abord juin, la chaleur et l’humidité. Les premières découvertes, le tâtonnement, les premières escapades, l’installation qui s'accompagne de tous les détails administratifs typiques à une immigration. Et sans le réaliser on était en juillet. Le début du stage, les premières rencontres, des nouveaux amis, des festivals, des bières, une nouvelle famille. Beaucoup de rires, des feux d’artifices. Sous mes yeux et dans mon cœur.

Je t’ai découverte à mon rythme, à ton rythme, à notre rythme. Au rythme de la vie estivale d’une ville comme toi, un peu unique et particulière. J’ai compris que tu n’étais pas pour tout le monde. Toi on te vit, on ne te visite pas. Tu es droite et quadrillée, à croire que tout est tracé. Et puis d’un coup il y a les papillons, ils débarquent au croisement de deux rues, pendant un coucher de soleil, autour d’un verre. 

     
    

Avec les papillons et mes premières réponses, août est arrivé. Doucement, août est arrivé accompagné de nouveaux visages, de nouvelles villes, de nouveaux paysages. Je t’ai un peu plus quittée, j’ai sillonné d’autres routes et d’autres chemins. Et en revenant vers toi le dimanche soir, je rentrais à la maison. En voyant ta silhouette se dessiner, tes grands buildings qui s’éclairaient, ton Mont-Royal qui s’éteignait, dans dans mon coeur et mes oreilles une vieille rengaine chantonnait "feels like coming home". Dans tes bras j'avais trouvé ma maison.


En septembre, d’un coup tu as changée, celle que je connaissais s’est transformée. La lune de miel était terminée. Il était temps de s’installer dans cette relation confortable, celle qui enveloppe l'être et soulage les maux. Tu t’es ralenti et apaisée, accordée à ton rythme j'ai suivi le mouvement. Tes lumières festivalières se sont éteintes. J’ai dit au revoir à ton été et à quelques belles rencontres, le coeur lourd et léger à la fois. Je me suis baladée sur ton plateau, ta lumière de fin de journée était belle et m’a réchauffée. 

     

Et en un clin d’œil octobre était là. Il y a les fleurs qui fanent pour ne renaitre que six mois plus tard, et il y a toi, qui fane pour renaitre immédiatement. Tu t’es parée de mille couleurs, tu es devenue flamboyante et intense. Je me suis laissé envelopper dans le confort de la vie chez toi, chez moi. Je me suis enroulée dans tes bras comme on s’enroule dans un gros plaid rassurant. Montréal

     
    

Tu m’as portée jusqu’à l’hiver. Froid et sec. Blanc et glacé. Il toqué à nos fenêtres quelques fois en octobre, nous brûlant le nez le matin, s'infiltrant par nos fenêtres, répandant une fine poudre blanche. L'hiver a véritablement débarqué un 16 novembre. Ce matin là j’ai eu 5 ans à nouveau. Je l’avais attendue la neige, la vraie (ou un avant-goût de la vraie), 15 centimètres de bonheur. Ce jour là je suis partie en avance, pour avoir le temps d'entendre la neige crisser sous mes pas en rejoignant le métro surchauffé. Le midi depuis le 8ème étage d'un immeuble j'ai observé ta neige tomber à gros flocons. Alors pour moi c’était bon, mon expérience était complète et j’en étais certaine. C’était toi, Montréal, c’était toi. C’était chez toi que je devais être. C'était une certitude, c’était chez toi que je me sentais bien, chez toi que j’étais chez moi. 

     
    

Comme j'ai terminé ma lettre d'au revoir à mes rencontres par des remerciements, je dois les adresser aussi à toi. Alors Montréal, merci. Merci d’avoir été ma maison, mon refuge. Merci de m’avoir accueillie et guidée. Merci de m'avoir émerveillé, de m'avoir montré ce que tu avais à offrir. De m'avoir fait découvrir les grands espaces et les saisons qui s'enchaînent. Merci de m'avoir permis de vivre à 100%, loin de la vie que je connaissais déjà trop bien. Merci de m'avoir donné des raisons de me lever chaque matin, un peu de meilleure humeur chaque fois. Merci d’avoir mis sur ma route des ami.e.s qui sont devenus une famille. Merci de m’avoir fait grandir et d’avoir confirmé tout ce qui m’animait. Merci de m'avoir donné l'occasion de découvrir que tu étais faites pour nous. J'ai déjà hâte de te retrouver.

     
    

Le 1er janvier 2019 quand j'ai dû te quitter, quand j'ai vu tes terres s'éloigner et que mon avion s'est élancé dans les air, j'ai pleuré. Et plus tard en pensant à toi et à tout ce que tu m'avais offert, les grosses gouttes qui avaient roulé silencieusement sur mes joues au décollage se sont redessinées. Elles ont dévalé à nouveau mon visage dans l'obscurité silencieuse d'un dimanche soir français. 

Comment ne pas pleurer quand on te quitte après avoir passé six mois entre tes bras ? Quand je pense à toi maintenant, six mois plus tard, je ne pleure plus. Car j'ai la certitude que je serais bientôt de retour. Quand je suis partie j’ai pleuré mais je savais, et je sais, que je reviendrai. 
Montréal, je reviendrai, pour de vrai, pour ne plus te quitter. 

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